Le Sténopé

concernant le sténopé, pinhole, fitini, furat, lochkamera...

Premières images

les anciennes observations et usages du sténopé

Les premiers observateurs qui nous aient laissé un témoignage sur le phénomène visuel lié au sténopé, sont le chinois Mo Ti au V° siècle avant JC , Aristote et Platon au IV°siècle. Les deux premiers ne font que décrire le phénomène tandis que Platon l’interprète pour développer sa théorie de l’original et de la copie, entre la réalité et l’image vers laquelle les hommes se tournent négligeant de ce fait le Vrai. Cette idée a persisté jusqu’à la photographie, faisant parfois de l’image photographique un appauvrissement du réel.

Puis vinrent les astronomes comme Alhasen, savant égyptien du début du XI° siècle. Ces observateurs se sont servis de sténopés géants qui leur permettaient d’observer notamment les éclipses du soleil, pour en étudier la surface et ses mouvements, expliquer le spectre lumineux et les couleurs. Ces expérimentations, reprises par Bacon, Descartes ou Kepler, ont servi le domaine scientifique puisque aujourd’hui, c’est avec des sténopés géants ultra sophistiqués que l’Institut de technologie de Californie, entre autres, observe le cosmos.

Dans la chambre noire rentreront aussi un bon nombre d’artistes- de la Renaissance ; Durer, Veermer qui affectionnera tout particulièrement les scènes à la fenêtre d’une chambre, Léonardo Da Vinci qui, sous le titre « Démonstration de comment tous les objets placés dans une position spécifique sont partout et en toute part » en fait une description particulièrement frappante pour affirmer la nature lumineuse des corps et de leur mouvement.

Toujours mystérieuse et envoutante, l’image-sténopé est un phénomène familier bien qu’évoquant une expérience lointaine et un peu floue. En ouverture de son livre sur la photographie en 1985, Edouard Boubat s’amuse "à observer un grand théâtre d’ombres irisées au plafond" de sa chambre d’enfant. Beaucoup d’entre nous ont vu ce théâtre au fond d’une boite à chaussures percée d’un petit trou.

Entre la plaine lumière du dehors et l’obscurité intérieure, il y a ce petit trou, sténopé en grec, pinhole en anglais, fitini en bambara...

L’homme n’a pas inventé le sténopé, il l’a découvert. Dès la préhistoire dans l’obscurité d’une grotte il a pu voir des formes et des densités lumineuses, assimiler leur apparition, comprendre leur projection puis décrire et se "servir" de ces images. De la caverne jusqu’au boitier numérique, se sont développés des histoires, des usages du sténopé, philosophiques, scientifiques, artistiques ou éducatifs.

Aujourd’hui des photographes utilisent le sténopé, avec un goût immodéré pour la recherche visuelle, comme leurs ancêtres astronomes ou peintres. Ils vont sans cesse de l’observation des images à la production photographique et vice-versa.